La Physiognomonie
Art d'interpréter le caractère et les inclinations d'une personne d'après les traits de son visage et l'aspect de son corps.
| Famille | Le corps humain |
|---|---|
| Origine | Grèce antique, puis Europe |
| Période | IVe-IIIe siècle av. J.-C. (premier traité) ; apogée au XVIIIe siècle |
| Supports | Le visage, la silhouette, l'attitude |
Définition
La physiognomonie part d’une idée intuitive : le visage refléterait l’âme. Elle cherche à déduire le caractère d’une personne de la forme de son nez, de son front, de ses yeux ou de sa bouche, et parfois de son allure générale.
On la range parmi les arts divinatoires parce qu’elle a longtemps servi à prévoir la conduite et le destin des personnes, et parce qu’elle était enseignée avec la chiromancie et la métoposcopie.
Histoire
L’Antiquité. Le plus ancien traité conservé, la Physiognomonica, a été transmis sous le nom d’Aristote, mais il est l’œuvre de son école. Il compare notamment les hommes aux animaux : celui qui ressemble au lion serait courageux. Au IIe siècle, le rhéteur Polémon de Laodicée écrit un traité influent, connu surtout par des traductions arabes.
Moyen Âge et Renaissance. La physiognomonie se transmet dans le monde arabe puis en Europe latine, souvent associée à la médecine et à l’astrologie. En 1586, le Napolitain Giambattista della Porta publie un ouvrage illustré qui place côte à côte des visages humains et des têtes d’animaux.
Lavater. Entre 1775 et 1778, le pasteur suisse Johann Kaspar Lavater publie ses Fragments physiognomoniques, abondamment illustrés. L’ouvrage connaît un succès considérable dans toute l’Europe et fait de la lecture des visages un sujet de conversation mondaine.
Les dérives. Au XIXe siècle, la physiognomonie inspire des théories qui prétendent reconnaître le « criminel né » ou hiérarchiser les populations d’après leurs traits, comme l’anthropologie criminelle de Cesare Lombroso. Ces théories, aujourd’hui réfutées, ont nourri des préjugés et des discriminations.
Supports
La physiognomonie observe le visage au repos, sa forme générale, ses proportions et chacun de ses traits. Certains auteurs y ajoutent la démarche, la voix, la chevelure et le teint.
Pratique traditionnelle
Le physiognomoniste procède par correspondances : un front large indiquerait l’intelligence, un menton fuyant la faiblesse, des sourcils rapprochés la sévérité. Il combine ces indices en un portrait. La méthode zoologique compare le visage à celui d’un animal ; d’autres méthodes s’appuient sur les tempéraments de la médecine ancienne ou sur les planètes.
Symbolisme
La physiognomonie repose sur une conviction ancienne : l’intérieur et l’extérieur d’un être se correspondent. Cette idée traverse la littérature, de Balzac, grand lecteur de Lavater, aux portraits du roman réaliste, où le visage d’un personnage annonce souvent son caractère.
Limites
Les recherches en psychologie montrent que nous formons très vite des impressions à partir des visages, et que ces impressions sont souvent partagées entre observateurs. Elles montrent aussi que ces impressions sont en grande partie inexactes : les traits du visage ne permettent pas de connaître de façon fiable le caractère d’une personne.
La physiognomonie appartient à l’histoire des idées. Utilisée pour juger des personnes, elle conduit à des préjugés. Elle ne permet ni de prévoir une conduite ni de remplacer une évaluation professionnelle.
Glossaire
- Physiognomonie
- Du grec physis (nature) et gnōmōn (qui connaît) : art de connaître la nature d'une personne par son aspect.
- Méthode zoologique
- Comparaison entre un visage humain et une tête d'animal, dont on attribue le caractère à la personne.
- Physionomie
- Ensemble des traits et de l'expression d'un visage.
Lectures associées
- Pseudo-Aristote, Physiognomonica, IIIe siècle av. J.-C. environ.Le plus ancien traité conservé.
- Giambattista della Porta, De humana physiognomonia, 1586.Célèbre pour ses comparaisons entre visages humains et têtes d'animaux.
- Johann Kaspar Lavater, Physiognomische Fragmente, 1775-1778.L'ouvrage qui a fait de la physiognomonie une mode européenne.
- Martin Porter, Windows of the Soul: Physiognomy in European Culture 1470-1780, Oxford University Press, 2005.Histoire de la physiognomonie à l'époque moderne.
Voir aussi
Dans la même famille
Lecture du visage chinoise (mianxiang), Moléosophie, Sāmudrika shāstra, Graphologie
Fiche mise à jour le .
Pour citer cette page : « La Physiognomonie », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/physiognomonie.html, consulté le [date].