L'Ordalie
Épreuve physique imposée à un accusé, dont l'issue est interprétée comme un signe divin de culpabilité ou d'innocence.
| Famille | Signes fortuits et coutumes |
|---|---|
| Origine | Mésopotamie, Proche-Orient, Europe, Afrique, Asie |
| Période | IIe millénaire av. J.-C. ; en Europe jusqu'au XIIIe siècle |
| Supports | Eau, fer rouge, eau bouillante, poison d'épreuve |
Définition
L’ordalie, ou « jugement de Dieu », soumet un accusé à une épreuve dangereuse : être plongé dans l’eau, porter un fer rouge, plonger la main dans l’eau bouillante, boire un poison. On considère que la divinité protège l’innocent et désigne le coupable.
C’est une forme de divination appliquée à la justice : on interroge les puissances invisibles sur un fait passé qu’aucune preuve ne permet d’établir.
Histoire
La Mésopotamie et la Bible. Le code de Hammurabi, au XVIIIe siècle avant notre ère, prévoit qu’un homme accusé de sorcellerie se jette dans le fleuve : s’il est emporté, il est coupable ; s’il en sort, il est innocent. Le livre des Nombres décrit l’épreuve des « eaux amères », que doit boire une femme soupçonnée d’adultère.
L’Europe médiévale. Les ordalies se répandent dans les royaumes germaniques et sont encadrées par l’Église, qui les bénit : fer rouge, eau bouillante, eau froide où l’accusé, lié, ne doit pas surnager. En 1215, le quatrième concile du Latran interdit aux clercs de participer à ces épreuves, ce qui entraîne leur disparition progressive des tribunaux. L’épreuve de l’eau ressurgit pourtant dans la chasse aux sorcières des XVIe et XVIIe siècles.
L’Afrique et Madagascar. Le poison d’épreuve a été largement pratiqué : à Madagascar, le tangena, poison végétal, fit de nombreuses victimes avant d’être aboli en 1861. Chez les Azandé, l’oracle du poison administré à un poussin en est une forme atténuée.
Supports
L’eau d’un fleuve ou d’une cuve bénie, un fer chauffé, un chaudron d’eau bouillante, ou un poison préparé par un spécialiste.
Pratique traditionnelle
L’épreuve est précédée de prières, de jeûnes et d’un serment. Pour le fer rouge, la main est bandée puis examinée quelques jours plus tard : une plaie propre signe l’innocence, une plaie infectée la culpabilité. Le résultat a valeur de sentence.
Symbolisme
L’ordalie exprime la conviction que la vérité appartient à Dieu et qu’il peut la manifester dans le monde physique. Elle remet aux puissances divines une décision que la communauté ne sait pas prendre.
Limites
L’issue d’une ordalie dépend de facteurs physiques, de la manière dont l’épreuve est conduite et de l’appréciation des juges. Elle a causé de nombreuses condamnations et morts injustes. Les historiens y voient un mécanisme social de résolution des conflits, non un moyen de connaître la vérité.
Glossaire
- Ordalie
- Du vieil anglais ordāl, « jugement » : épreuve judiciaire dont l'issue est attribuée à Dieu.
- Jugement de Dieu
- Autre nom de l'ordalie au Moyen Âge.
- Tangena
- Poison végétal utilisé à Madagascar pour l'ordalie, aboli en 1861.
Lectures associées
- Code de Hammurabi, article 2, XVIIIe siècle av. J.-C.L'épreuve du fleuve.
- Nombres 5, 11-31.L'épreuve des eaux amères.
- Robert Bartlett, Trial by Fire and Water: The Medieval Judicial Ordeal, Clarendon Press, 1986.Étude de référence sur l'ordalie médiévale.
Voir aussi
Dans la même famille
Clédonomancie, Présages populaires, Cléidomancie, Effeuiller la marguerite, Jeux divinatoires de saison
Fiche mise à jour le .
Pour citer cette page : « L'Ordalie », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/ordalie.html, consulté le [date].