L'Oracle du poison azandé
Oracle des Azandé d'Afrique centrale, qui consiste à administrer un poison végétal à un poussin et à interpréter sa survie ou sa mort comme une réponse ; rendu célèbre par l'anthropologue E. E. Evans-Pritchard.
| Famille | Animaux et présages |
|---|---|
| Origine | Azandé (Soudan du Sud, République centrafricaine, République démocratique du Congo) |
| Période | Pratique décrite dans les années 1920 |
| Supports | Poison végétal (benge), poussins |
Définition
Chez les Azandé, un peuple d’Afrique centrale, l’oracle le plus respecté était celui du poison. On faisait avaler à un poussin une dose d’un poison végétal, le benge, en posant une question à voix haute. La survie ou la mort du poussin donnait la réponse.
L’oracle servait surtout à identifier la cause d’un malheur, souvent attribué à la sorcellerie, et à prendre les décisions importantes.
Histoire
L’anthropologue britannique E. E. Evans-Pritchard séjourne chez les Azandé entre 1926 et 1930. En 1937, il publie Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, devenu un classique. Il y décrit l’oracle du poison avec précision et montre qu’il s’inscrit dans un système de pensée cohérent.
Supports
Le benge, préparé à partir d’une plante grimpante, et des poussins. Les Azandé disposaient aussi d’oracles plus simples, comme la planche à frotter ou les termites, pour les questions moins graves.
Pratique traditionnelle
L’opérateur administre le poison au poussin pendant qu’un questionneur interpelle l’oracle : « Si telle chose est vraie, oracle du poison, tue le poussin. » La réponse est ensuite vérifiée par un second essai, avec un autre poussin et la question inversée : « Si c’est vrai, épargne le poussin. » Seule une réponse concordante est acceptée.
Symbolisme
Pour les Azandé, le poison n’est pas un simple produit : il est doté d’une capacité à « voir » et à répondre. L’oracle est respecté parce qu’il est jugé impartial.
Limites
Le résultat dépend de la dose, de la qualité du poison et de la résistance de l’animal. Evans-Pritchard a montré comment les Azandé expliquaient les contradictions sans remettre en cause le système, par exemple par un poison défectueux ou une erreur de procédure. Son analyse a nourri un long débat en philosophie des sciences sur la rationalité et les systèmes de croyance.
Glossaire
- Benge
- Poison végétal utilisé par les Azandé pour leur oracle principal.
- Oracle de la planche à frotter
- Oracle azandé plus simple, consulté pour des questions courantes.
- Sorcellerie (mangu)
- Chez les Azandé, pouvoir héréditaire et souvent involontaire de nuire, que l'oracle permet d'identifier.
Lectures associées
- E. E. Evans-Pritchard, Witchcraft, Oracles and Magic among the Azande, Clarendon Press, 1937 ; trad. française Sorcellerie, oracles et magie chez les Azandé, Gallimard, 1972.Classique de l'anthropologie.
- Philip M. Peek (dir.), African Divination Systems: Ways of Knowing, Indiana University Press, 1991.Mise en perspective des systèmes divinatoires africains.
Voir aussi
Dans la même famille
Auspices et les augures, Haruspicine, Hépatoscopie, Os oraculaires chinois, Scapulimancie, Futomani, Divination par les os de poulet, Alectryomancie, Hippomancie, Tératoscopie, Divination par l'araignée
Fiche mise à jour le .
Pour citer cette page : « L'Oracle du poison azandé », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/oracle-du-poison.html, consulté le [date].