L'Isopséphie
Calcul de la valeur numérique d'un mot grec à partir des lettres, qui servaient aussi de chiffres, et rapprochement des mots de même valeur.
| Famille | Nombres et lettres |
|---|---|
| Origine | Monde grec |
| Période | Époque hellénistique et romaine |
| Supports | Alphabet grec numéral |
Définition
Dans le système de numération grec, les lettres de l’alphabet servaient de chiffres : α valait 1, β 2, γ 3, ι 10, κ 20, ρ 100, et ainsi de suite jusqu’à ω, qui valait 800. Chaque mot avait donc une valeur. L’isopséphie consiste à calculer cette valeur et à rapprocher les mots qui ont la même.
Histoire
Un jeu d’esprit. À Pompéi, un graffiti grec déclare : « J’aime celle dont le nombre est 545. » L’auteur cache ainsi le nom de sa bien-aimée sous sa valeur numérique.
Une arme satirique. L’historien Suétone rapporte une épigramme qui circulait contre Néron : le nom de l’empereur et la phrase « il a tué sa propre mère » ont, en grec, la même valeur numérique. Le rapprochement servait d’accusation.
Le nombre de la bête. L’Apocalypse de Jean invite le lecteur « qui a de l’intelligence » à calculer le nombre de la bête, qui est « un nombre d’homme » : 666. Beaucoup d’historiens y voient le nom de Néron César écrit en lettres hébraïques, dont la valeur donne 666. Certains manuscrits anciens portent d’ailleurs 616, valeur de la forme latine du nom.
Supports
L’alphabet grec numéral, avec ses vingt-quatre lettres et trois signes anciens conservés pour les nombres 6, 90 et 900.
Pratique traditionnelle
On additionne les valeurs des lettres d’un nom ou d’une formule, puis on compare le résultat à celui d’autres mots. L’isopséphie a servi à composer des épigrammes, à cacher des noms, à commenter des textes religieux et, dans certains milieux, à pratiquer l’onomancie, qui prédit l’issue d’un combat d’après les noms des adversaires.
Symbolisme
L’isopséphie reflète une culture où le nombre et la lettre sont indissociables. Elle a nourri l’idée qu’un nom contient la nature de ce qu’il désigne, idée qui traverse la philosophie grecque, la gnose et la mystique chrétienne.
Limites
Comme pour la guématrie, la multiplicité des mots possibles rend les coïncidences inévitables. L’isopséphie est un jeu d’esprit et un outil d’interprétation, utile pour lire certains textes anciens. Elle ne permet pas de prévoir un événement.
Glossaire
- Isopséphie
- Du grec isos (égal) et psēphos (caillou de calcul) : égalité de valeur numérique entre deux mots.
- Alphabet numéral grec
- Système où α vaut 1, β 2, et jusqu'à ω qui vaut 800, avec trois signes anciens ajoutés pour 6, 90 et 900.
- Psēphos
- Petit caillou utilisé pour compter, voter ou calculer.
Lectures associées
- Suétone, Vie de Néron, 39.Rapporte une épigramme fondée sur l'isopséphie.
- Apocalypse de Jean, 13, 18.Le nombre de la bête, 666.
- Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres, Robert Laffont, 1994.Les systèmes de numération alphabétique.
Voir aussi
Dans la même famille
Numérologie, Carré Lo Shu, Biorythmes
Fiche mise à jour le .
Pour citer cette page : « L'Isopséphie », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/isopsephie.html, consulté le [date].