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Divinatoria

La Guématrie

Méthode juive d'interprétation qui donne une valeur numérique aux lettres hébraïques et rapproche les mots de même valeur.

Fiche signalétique
FamilleNombres et lettres
OrigineJudaïsme rabbinique, puis kabbale
PériodeAntiquité tardive (midrash) ; Moyen Âge (kabbale)
SupportsTextes hébreux, table des valeurs des lettres

Définition

En hébreu, chaque lettre a une valeur numérique : aleph vaut 1, beth 2, guimel 3, jusqu’à tav qui vaut 400. Additionner les lettres d’un mot donne sa valeur. La guématrie rapproche les mots de même valeur et en tire des enseignements.

C’est d’abord une méthode d’interprétation des textes, au service de la réflexion religieuse. Elle n’est divinatoire que dans certains usages populaires ou ésotériques.

Histoire

L’usage des lettres comme chiffres se répand dans le monde méditerranéen à l’époque hellénistique. Dans le judaïsme rabbinique, la guématrie figure parmi les règles d’interprétation de l’Écriture. Le midrash et le Talmud en donnent des exemples.

Au Moyen Âge, les piétistes juifs d’Allemagne, puis les kabbalistes, en font un usage intensif. Pour eux, l’hébreu, langue de la création, cache dans ses nombres des correspondances qui révèlent les liens profonds entre les choses.

Supports

La guématrie n’a besoin que du texte hébreu et de la table des valeurs. Il existe plusieurs systèmes de calcul : valeur ordinaire, valeur « réduite » qui ramène chaque lettre à un chiffre, valeur des lettres finales, ainsi que des méthodes associées comme le notarikon ou l’atbash.

Pratique traditionnelle

On calcule la valeur d’un mot ou d’un verset, puis on cherche d’autres mots de même valeur. Le rapprochement sert à illustrer une idée, à mémoriser un enseignement ou à suggérer un sens caché.

L’exemple le plus connu de la vie courante est le mot ḥai, « vivant », formé de ḥet (8) et yod (10), qui vaut 18. C’est pourquoi l’on offre volontiers, lors des fêtes, des sommes multiples de 18 en signe de vœu de vie.

Symbolisme

La guématrie exprime une conviction : rien n’est fortuit dans un texte sacré, ni les mots, ni leurs lettres, ni leurs nombres. Elle a nourri la méditation mystique, la poésie et l’art de la mémoire.

Limites

Les autorités rabbiniques ont souvent rappelé que la guématrie sert à illustrer une interprétation, non à la fonder. Avec un texte aussi long et les nombreuses méthodes de calcul disponibles, on peut presque toujours trouver des correspondances : elles ne prouvent rien par elles-mêmes. Les usages qui prétendent prédire des événements à partir de calculs bibliques n’ont aucune valeur vérifiable.

Glossaire

Guématrie
Du grec geōmetria ou grammateia selon les étymologies proposées : calcul de la valeur d'un mot.
Notarikon
Méthode qui lit un mot comme un acronyme, chaque lettre étant l'initiale d'un autre mot.
Atbash
Substitution qui remplace la première lettre de l'alphabet par la dernière, la deuxième par l'avant-dernière, etc.
Ḥai
« Vivant » : mot dont la valeur est 18, d'où l'usage d'offrir des sommes multiples de 18.

Lectures associées

  1. Gershom Scholem, Kabbalah, Keter Publishing House, 1974.Synthèse de référence sur la kabbale et ses méthodes.
  2. Gershom Scholem, Les Grands Courants de la mystique juive, Payot, 1950 (trad. française).Contexte de la kabbale médiévale.
  3. Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres, Robert Laffont, 1994.Histoire des systèmes de lettres-nombres.

Pour approfondir

Voir aussi

Dans la même famille

Onomancie, Carré Lo Shu, Biorythmes

Fiche mise à jour le .

Pour citer cette page : « La Guématrie », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/guematrie.html, consulté le [date].