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Divinatoria

La Géomancie

Divination par seize figures formées de points, obtenues au hasard puis combinées selon des règles fixes ; née dans le monde arabe, elle s'est répandue en Europe et en Afrique.

Fiche signalétique
FamilleTirages et sorts
OrigineMonde arabe, puis Europe latine, Afrique
PériodeIXe siècle environ (monde arabe) ; XIIe siècle (traductions latines)
SupportsSable, papier ou tablette ; points ou traits tracés au hasard

Définition

La géomancie produit au hasard quatre figures de points, puis en déduit d’autres par un calcul simple, jusqu’à obtenir une figure finale qui répond à la question. Son nom signifie « divination par la terre », car on traçait à l’origine les points dans le sable.

Il existe seize figures en tout. Chacune se compose de quatre lignes, et chaque ligne comporte un ou deux points.

Histoire

Le monde arabe. La géomancie apparaît dans le monde arabe, où elle s’appelle ʿilm al-raml, la « science du sable ». Les traditions l’attribuent à des prophètes ou à des sages ; les premiers traités connus datent des IXe-Xe siècles environ. Elle circule dans tout l’espace islamique, de l’Afrique du Nord à la Perse.

L’Europe médiévale. Au XIIe siècle, des traducteurs comme Hugues de Santalla font passer des traités arabes en latin. La géomancie devient très populaire dans l’Europe des XIIIe-XVIe siècles, souvent associée à l’astrologie : chaque figure reçoit une planète et un signe.

L’Afrique. La géomancie se répand dans l’Afrique de l’Ouest musulmane et jusqu’à Madagascar, où elle prend la forme du sikidy. Certains chercheurs la rapprochent de l’Ifá yoruba, qui repose aussi sur des figures binaires ; l’existence d’un lien historique reste discutée.

Supports

Le géomancien trace au hasard quatre rangées de points sans les compter, puis regarde si chaque rangée contient un nombre pair ou impair de points : pair donne deux points, impair un seul. Quatre rangées donnent une figure. On répète l’opération pour obtenir les quatre premières figures.

On peut aussi utiliser des dés, des fèves, des pièces ou une chaîne, comme dans certaines variantes africaines.

Pratique traditionnelle

Dans la géomancie européenne, on dispose les figures en bouclier :

  1. les quatre mères, obtenues par le tirage ;
  2. les quatre filles, formées en lisant les mères ligne par ligne ;
  3. les quatre nièces, obtenues en additionnant les figures deux à deux (pair + pair = pair, impair + pair = impair) ;
  4. les deux témoins, puis le juge, obtenus de la même façon.

Le juge donne la réponse générale, que l’on nuance avec les témoins. Une autre disposition, le thème géomantique, répartit les figures dans douze maisons, comme un horoscope.

Symbolisme

Les seize figures portent en latin des noms parlants : Via (le chemin), Populus (le peuple), Fortuna Major et Fortuna Minor (grande et petite fortune), Acquisitio (le gain), Amissio (la perte), Laetitia (la joie), Tristitia (la tristesse), Puella (la jeune fille), Puer (le garçon), Albus (le blanc), Rubeus (le rouge), Carcer (la prison), Conjunctio (l’union), Caput Draconis et Cauda Draconis (la tête et la queue du dragon).

Le système est binaire : chaque ligne vaut un ou deux, et les seize figures épuisent toutes les combinaisons de quatre lignes. Cette structure a intéressé mathématiciens et anthropologues.

Limites

La géomancie a une histoire riche et bien documentée, et sa structure logique est remarquable. Les réponses qu’elle donne n’en restent pas moins le produit du hasard et de conventions d’interprétation. Elle ne permet pas de prévoir un événement ni de remplacer un avis professionnel.

Glossaire

ʿIlm al-raml
« Science du sable » : nom arabe de la géomancie.
Figure géomantique
Colonne de quatre lignes, chacune d'un ou deux points ; il en existe seize.
Mères
Les quatre premières figures, obtenues directement par le tirage au hasard.
Juge
Figure finale du bouclier, obtenue par combinaison des précédentes, qui donne la réponse générale.
Bouclier
Disposition des quinze figures (mères, filles, nièces, témoins, juge) dans la géomancie européenne.

Lectures associées

  1. Thérèse Charmasson, Recherches sur une technique divinatoire : la géomancie dans l'Occident médiéval, Droz, 1980.Étude de référence sur la géomancie médiévale.
  2. Robert Jaulin, La Géomancie : analyse formelle, Mouton, 1966.Analyse mathématique et anthropologique du système.
  3. Philip M. Peek (dir.), African Divination Systems: Ways of Knowing, Indiana University Press, 1991.Place de la géomancie parmi les systèmes divinatoires africains.

Pour approfondir

Voir aussi

Dans la même famille

Tarot, Tarot de Marseille, Petit Lenormand, Cartomancie au jeu ordinaire, Cartomancie au jeu espagnol, Oracle de Belline, Jeux d'oracle contemporains, Runes, Ogham divinatoire, Lingqi jing, Mo tibétain, Obi, Divination par les cauris, Jet d'osselets d'Afrique australe, Lecture des feuilles de coca, Cléromancie, Astragalomancie, Bibliomancie, Fāl-e Hāfez, Bâtonnets de temple chinois (qiuqian), Blocs divinatoires chinois (jiaobei), Omikuji, Urim et le Toummim

Fiche mise à jour le .

Pour citer cette page : « La Géomancie », Divinatoria, encyclopédie des arts divinatoires, https://divinatoria.fr/arts/geomancie.html, consulté le [date].